Un lot voirie dans un marché public est l'un des plus techniques à défendre en mémoire. Il mobilise simultanément des normes de formulation d'enrobés (NF P 98-150, NF EN 13108), des exigences environnementales croissantes sur le recyclage des agrégats et les enrobés tièdes, une réglementation stricte en matière de signalisation temporaire de chantier (arrêté du 6 novembre 1992, livrets 1 et 8 du SETRA), et une coordination serrée avec les concessionnaires de réseaux enterrés via la procédure DT-DICT. Rédiger un mémoire technique voirie générique du type "travaux réalisés selon les normes en vigueur et les règles de l'art" revient à abandonner d'avance les points sur les sous-critères environnementaux et sécuritaires, qui pèsent désormais entre 25 et 40 % de la note finale dans les appels d'offres de voirie communale et départementale 2026.
Cet article propose un modèle commenté de mémoire technique pour un lot travaux publics et voirie, avec le tableau des sous-critères fréquents, des extraits de phasage annotés et les erreurs spécifiques au métier à éviter. Les principes généraux de construction d'un mémoire sont couverts dans notre guide complet du mémoire technique de marché public. Pour la structure formelle du document, consultez la structure type d'un mémoire technique. Pour les autres lots bâtiment qui accompagnent souvent les opérations d'aménagement, voir le mémoire technique maçonnerie et le mémoire technique espaces verts.
- La qualification Qualibat 1311 (voirie courante et travaux d'aménagement) est quasi-systématiquement exigée dans les marchés de voirie communale et départementale : une qualification absente ou périmée entraîne l'élimination de la candidature avant toute notation du mémoire.
- La formule d'enrobé (BBSG, BBME, EME, GNT) doit être précisée avec la centrale de production, la distance de transport et la température de mise en œuvre : son absence est l'erreur la plus fréquente et la plus pénalisante sur le sous-critère méthodologie.
- Le critère environnemental pèse entre 15 et 25 % dans les grilles de voirie actuelles : il se traite avec le taux de recyclage des agrégats d'enrobés (RAP), le choix d'enrobés tièdes (110 à 130°C contre 160°C), et le bilan carbone du transport des matériaux.
- Le plan de balisage conforme aux livrets 1 et 8 du SETRA est un document attendu en annexe ou en section dédiée du mémoire : son absence sur un chantier de voirie en domaine public est interprétée comme une lacune grave en gestion de la sécurité routière.
- La gestion des DT-DICT et des interfaces réseaux (concessionnaires eau, gaz, électricité, télécom) doit être décrite explicitement dans la méthodologie : un mémoire qui ignore les réseaux enterrés sur un chantier de terrassement signale un candidat qui n'a pas lu le PGCSPS ni les plans de récolement du maître d'ouvrage.
Spécificités d'un appel d'offres voirie public
Avant de rédiger la première section du mémoire, plusieurs paramètres doivent être extraits avec précision du DCE. Le lot voirie recouvre des périmètres très différents selon les marchés, chacun avec ses contraintes techniques propres :
- Voirie communale et départementale : renouvellement de chaussée, réfection de trottoirs, création de giratoires. Qualibat 1311 (voirie courante), fascicule CCTG n°25 (exécution des corps de chaussée), NF P 98-150 (enrobés bitumineux).
- VRD (Voirie et Réseaux Divers) : création ou restructuration complète incluant les réseaux enterrés. Qualibat 1311 + 1340 (réseaux secs) + 1351 (réseaux humides), fascicules CCTG n°70 et 71 (réseaux d'assainissement et d'eau potable).
- Parkings et espaces de stationnement : terrassement, couches de fondation, pose enrobé ou béton désactivé, marquage horizontal et signalisation verticale. Qualibat 1311, fascicule CCTG n°23 (terrassements généraux).
- Pistes cyclables et voies douces : enrobé phonique ou béton teinté, signalisation spécifique code de la route, continuité des itinéraires cyclables. Qualibat 1311, référentiel CEREMA "Pistes cyclables".
- Accessibilité PMR : abaissement de bordures, pose de dalles podotactiles, reprofilage des cheminements. NF P 98-351 (dalles podotactiles), circulaires CEREMA sur l'accessibilité de la voirie et des espaces publics.
- Grosse voirie et ouvrages de renforcement : couches d'assise de forte épaisseur, grave-bitume, enrobé à module élevé (EME). Qualibat 1312 (grosse voirie), NF EN 13108-1 à 13108-8.
Ces paramètres structurent directement les qualifications à mettre en avant, les normes à citer et les sections à développer en priorité. Un mémoire qui traite identiquement un lot "renouvellement de trottoirs sur 500 m" et un lot "création de voirie neuve avec réseaux VRD" est immédiatement identifié comme générique. Pour décrypter les attentes implicites dès la lecture du RC et du CCTP, consultez l'article sur les signaux faibles dans un DCE.
Qualifications et certifications voirie : ce que le RC impose réellement
Le règlement de consultation liste les qualifications requises dans la section "capacités professionnelles et techniques". En travaux publics et voirie, les principales exigences sont les suivantes.
Qualibat famille 1 : Terrassement, voirie et réseaux
Les qualifications Qualibat de la famille 1 sont les références incontournables dans les marchés publics de voirie. Leur numéro de certification, la date de validité et le niveau de technicité doivent figurer explicitement dans le mémoire :
- 1311 : Voirie courante et travaux d'aménagement : réfection de chaussée, création de trottoirs, parkings, pistes cyclables. C'est la qualification de base pour la majorité des marchés de voirie communale.
- 1312 : Grosse voirie et voie express : travaux de voirie lourde, renforcement de routes départementales ou nationales, couches d'assise de grande épaisseur (EME, GNT classe B).
- 1331 : Enrobés tièdes et froids : qualification complémentaire valorisée depuis 2022 dans les marchés avec critère environnemental fort : atteste de la maîtrise des techniques de production à basse température.
- 1340 : Réseaux secs (électricité, télécom, gaz) : pose et raccordement de fourreaux, de câbles ou de canalisations gaz, indispensable sur les lots VRD à périmètre complet.
- 1351 : Réseaux humides (eau potable, assainissement) : pose de canalisations, branchements, regards de visite. Fascicules CCTG n°70 (réseaux d'assainissement) et 71 (réseaux d'adduction d'eau potable).
- 1611 : Espaces verts : pour les lots d'aménagement incluant une composante végétale (plantations d'alignement, noues paysagères, bandes enherbées en accotement). Voir aussi notre guide du mémoire technique espaces verts pour les points d'interface.
Certifications environnementales
Au-delà des qualifications Qualibat, les marchés publics de voirie intègrent depuis 2023 des exigences de certification environnementale croissantes :
- ISO 14001 : certification de système de management environnemental. Sa mention dans le mémoire répond directement au sous-critère "démarche environnementale de l'entreprise".
- SOCOTEC ECOC (Entreprise Certifiée Objet Chantier) : certification spécifique TP sur la gestion des déchets de chantier, de plus en plus valorisée dans les critères de notation des collectivités.
- EcoVadis : notation RSE multi-critères (environnement, social, éthique, achats responsables), demandée par certains acheteurs publics de niveau département ou région.
- Label CO2 transport : certification ADEME sur la quantification des émissions liées au transport de matériaux, valorisée sur les marchés avec bilan carbone exigé.
Sous-critères techniques fréquents en voirie
Le tableau ci-dessous synthétise les sous-critères les plus fréquemment rencontrés dans les RC de marchés publics de voirie, pour les lots communaux, départementaux et VRD. Les pondérations sont indicatives : la grille de votre RC fait foi.
| Sous-critère | Pondération typique | Ce que l'acheteur évalue |
|---|---|---|
| Méthodologie d'exécution et phasage | 25 à 35 % | Cohérence des phases, formule d'enrobé précisée, centrale de production, distance de transport, délais réalistes |
| Gestion environnementale et développement durable | 15 à 25 % | Taux de RAP recyclé, enrobés tièdes, bilan carbone, gestion des eaux de chantier, déchets inertes |
| Signalisation temporaire et sécurité routière | 10 à 15 % | Plan de balisage conforme livrets SETRA, arrêté de circulation, coordination piétons/cyclistes |
| Gestion des déchets de chantier | 5 à 15 % | Filière d'évacuation des matériaux d'enrobé déposés, bordereaux de suivi déchets, réutilisation sur site |
| Références similaires | 5 à 15 % | Marchés voirie de même nature (communal/départemental), montants et surfaces comparables |
| Moyens humains et matériels | 5 à 10 % | Effectif dédié, qualification des conducteurs de travaux, liste du matériel (finisseur, compacteur, camions) |
Le poids du critère environnemental a fortement progressé depuis 2023. Sur les marchés portés par des collectivités engagées dans un Agenda 21 ou un Plan Climat, il peut représenter jusqu'à 30 % de la note finale. À l'inverse, sur un simple renouvellement de couche de roulement en urgence, la méthodologie et le délai d'exécution restent prépondérants. Lisez attentivement la grille du RC avant de distribuer le volume de votre mémoire entre les sections. Pour éviter les pièges qui éliminent avant notation, consultez l'article sur les erreurs qui disqualifient automatiquement une candidature.
Structure type du mémoire voirie commentée
Voici un extrait de section méthodologie pour un lot de renouvellement de voirie communale (réfection de chaussée sur 2 400 m², rues du centre-bourg) avec reprofilage des trottoirs et mise en accessibilité PMR, avec annotations ligne par ligne.
La qualité de cet extrait tient à la même règle que pour les autres lots de travaux : chaque phase est ancrée dans un document du DCE (CCTP §3.4, prescriptions du PGCSPS), chaque affirmation technique est chiffrée (épaisseurs, dosages, températures, rendements), et les livrables réglementaires (plan de balisage, fiche de formulation, résultats dynaplaque) sont nommés et planifiés. Pour les leviers qui font passer un mémoire de 12 à 16-18/20, consultez les 9 leviers pour améliorer la note du mémoire technique.
Le critère environnemental : recyclage, enrobés tièdes et bilan carbone
C'est le sous-critère qui a le plus évolué en voirie depuis 2022. En 2026, un acheteur public qui renouvelle une voirie communale ou départementale intègre systématiquement une exigence de performance environnementale dans sa grille, parfois nommée "gestion environnementale du chantier", parfois "développement durable", parfois noyée dans le sous-critère "valeur technique de l'offre". Dans les trois cas, il faut la traiter explicitement avec des données chiffrées.
Recyclage des agrégats d'enrobé (RAP)
Le recyclage des agrégats de fraisage (Recycled Asphalt Pavement, RAP) est la mesure environnementale la plus valorisée dans les marchés de renouvellement de chaussée. En 2026, les formules d'enrobé incorporant 30 à 50 % de RAP sont techniquement matures et normées (NF EN 13108-8). Dans votre mémoire :
- Précisez le taux de RAP incorporé dans chaque formule : "BBSG 0/10 avec 35 % de RAP issu du fraisage du présent chantier". Un taux cité vaut mieux que l'affirmation vague "recyclage valorisé".
- Nommez la centrale de recyclage partenaire avec sa distance au chantier : l'acheteur vérifie la cohérence entre le lieu du chantier et l'emplacement de la centrale.
- Fournissez la fiche de formulation agréée PCRM (Plan de Contrôle et de Recette des Matériaux) en annexe : c'est un document contractuel qui prouve que votre formule a été validée par un laboratoire accrédité.
- Indiquez la destination des matériaux non recyclables : grave naturelle excédentaire, béton d'ancienne dalle, revêtement en pavés, avec le nom de la filière et le code déchets correspondant.
Enrobés tièdes : le gain CO₂ à chiffrer
Les enrobés tièdes sont produits à une température de 110 à 130°C, contre 155 à 175°C pour les enrobés à chaud traditionnels. Ce gain thermique se traduit par une réduction de la consommation d'énergie de la centrale d'environ 20 à 30 %, et une réduction des émissions de CO₂ et de composés organiques volatils (COV) de 15 à 25 %. Dans votre mémoire :
- Nommez la technique utilisée : additif tensioactif (Évotherm, Cecabase), procédé moussage (WAM-Foam, LEA), ou liant à basse viscosité : chaque technique a ses conditions d'application (épaisseur minimale, température extérieure minimale à la mise en œuvre).
- Chiffrez le gain : "réduction estimée de 22 % des émissions de CO₂ par rapport à l'enrobé à chaud traditionnel, soit 14 tCO₂ évitées sur les 2 400 m² du présent marché".
- Vérifiez la compatibilité avec la formule RAP : certaines techniques d'enrobé tiède sont incompatibles avec des taux de RAP élevés : le préciser montre votre maîtrise.
Bilan carbone du transport des matériaux
Le transport des enrobés depuis la centrale jusqu'au chantier représente souvent 30 à 50 % de l'empreinte carbone totale d'un chantier de voirie. Les acheteurs les plus avancés intègrent un critère "kilomètres-tonne" ou demandent un bilan carbone simplifié. Dans votre mémoire, a minima :
- Indiquez la distance de la centrale de production au chantier et le type de véhicule (benne à fond mouvant 30 t, camion-toupie).
- Si vous possédez le label CO2 transport ADEME, mentionnez-le : il valorise votre démarche de réduction des émissions du transport de matériaux.
- Si la centrale est à moins de 20 km du chantier, c'est un argument à mettre en avant explicitement : la fraîcheur des enrobés à la livraison garantit aussi la qualité de la mise en œuvre.
Signalisation temporaire de chantier : la réglementation à maîtriser
La signalisation temporaire de chantier en domaine public routier est encadrée par un corpus réglementaire précis. La méconnaître dans le mémoire est un signal d'alerte immédiat pour l'acheteur, surtout sur une voirie communale ou départementale en zone habitée.
Le cadre réglementaire
L'arrêté du 6 novembre 1992 relatif aux dispositifs de retenue et à la signalisation des chantiers constitue le texte de référence. Il est complété par les livrets de l'instruction interministérielle sur la signalisation routière temporaire publiés par le SETRA (désormais CEREMA) :
- Livret 1 : signalisation des chantiers fixes et mobiles sur voies ouvertes à la circulation. Il couvre les chantiers de longue, courte et très courte durée, avec les schémas types selon le type de route et le volume de trafic (T0 à T5).
- Livret 8 : signalisation temporaire sur les voies à chaussées séparées (routes express et autoroutes) : moins courant sur les chantiers communaux mais indispensable si le marché inclut une intervention sur une voie rapide.
Dans votre mémoire, la section signalisation doit préciser : le type de chantier retenu (fixe ou mobile, longue ou courte durée), la classe de trafic (T1 à T5 selon le TMJ de la route concernée), le schéma type du livret correspondant, et les dérogations éventuelles demandées à la collectivité (fermeture partielle ou totale à la circulation, mise en place d'une alternat).
Plan de balisage : le document attendu en annexe
Le plan de balisage est le document graphique qui traduit la signalisation réglementaire dans les conditions géographiques du chantier. Il doit être joint en annexe du mémoire (ou proposé comme livrable J+5 après notification du marché) et comporter :
- Un fond de plan de la rue ou de la voie avec les accès riverains, les carrefours, les arrêts de bus et les pistes cyclables existantes.
- Le positionnement exact des panneaux de signalisation temporaire (KC1, KC2, KC3, balises K5A/K5B, cônes K7 de 750 mm, feux tricolores de chantier si alternat).
- L'itinéraire de déviation proposé avec ses panneaux directionnels (KD, KGC).
- Le cheminement des piétons (largeur libre ≥ 1,40 m, rampe ≤ 5 % pour l'accessibilité PMR, bande podotactile si piétons malvoyants).
- Le nom du responsable balisage désigné et ses coordonnées de permanence 24h/24.
Si le chantier implique une alternat par agent flagman plutôt que par feux tricolores, précisez les plages horaires, le nombre d'agents et leurs formations (formation élémentaire à la signalisation de chantier, habilitation circulation). Un agent flagman sans habilitation est une faute grave sur un chantier en domaine public.
Gestion des interfaces et coordination avec les concessionnaires
C'est la dimension du mémoire voirie que les candidats sous-estiment le plus fréquemment. Les réseaux enterrés (eau potable, assainissement, gaz, électricité, télécom) sont présents sous toute voirie urbaine ou périurbaine. Un chantier de fraisage ou de terrassement sans gestion documentée des réseaux est un risque d'incident grave et une faute contractuelle.
DT-DICT : la procédure obligatoire
La réforme anti-endommagement des réseaux (décret n°2011-1241 du 5 octobre 2011, dit "décret DT-DICT") impose deux obligations :
- DT (Déclaration de projet de Travaux) : adressée par le maître d'ouvrage ou son mandataire à chaque exploitant de réseau présent dans l'emprise du chantier, avant la rédaction du DCE. Le plan de synthèse des réseaux produit par les exploitants en réponse à la DT doit être intégré au DCE : s'il n'y est pas, signalez-le dans le mémoire et demandez-le.
- DICT (Déclaration d'Intention de Commencement de Travaux) : adressée par l'entreprise à chaque exploitant au moins 10 jours ouvrables avant le début des travaux. Elle déclenche l'envoi des récépissés de DICT avec les plans de localisation des réseaux à l'échelle du chantier. Ces récépissés doivent être présents sur le chantier pendant toute la durée des travaux.
Dans le mémoire, précisez votre procédure DICT : date d'envoi prévue, liste des exploitants concernés (ENEDIS, GRDF, France Telecom/Orange, concessionnaire eau potable, service assainissement de la collectivité), et le délai d'obtention des récépissés intégré dans votre planning. Un mémoire qui ne mentionne pas la DICT sur un chantier de terrassement voirie est un signal d'inexperience sur la gestion des risques réseaux.
Coordination avec la collectivité maître d'ouvrage
Sur les marchés de voirie communale ou départementale, la collectivité est souvent simultanément maître d'ouvrage, gestionnaire de la voirie et autorité de police de la circulation. La coordination administrative doit être décrite dans le mémoire :
- Arrêtés de circulation : indiquez qui dépose la demande d'arrêté (vous ou le maître d'ouvrage), le délai d'instruction de la voirie (généralement 15 à 30 jours), et votre délai de réception de l'arrêté dans le planning.
- Déviation de lignes de bus : si le chantier concerne une voie desservie par une ligne de transport public, la coordination avec l'autorité organisatrice de transport (AOT) est nécessaire : précisez le délai de notification aux usagers (généralement 15 jours).
- Gestion des riverains : lettre d'information aux riverains (commerçants, habitations avec accès direct) au moins 5 jours ouvrables avant démarrage : mentionnez-la dans le mémoire, elle est valorisée comme signe de professionnalisme.
- Coordination avec les autres chantiers : vérifiez dans le DCE si d'autres marchés sont en cours ou prévus sur la même voirie (réseaux d'assainissement, travaux d'électricité ENEDIS) : la coordination de planning avec ces intervenants doit être évoquée.
Erreurs fréquentes qui plombent la note voirie
En plus des erreurs communes à tous les mémoires techniques, le lot voirie et travaux publics a ses pièges propres :
- Formule d'enrobé non précisée : écrire "mise en œuvre d'enrobé conforme aux normes NF" sans nommer la formule (BBSG 0/10, BBME 0/14, EME 0/14), l'épaisseur, la centrale de production et la distance est l'erreur la plus fréquente sur le sous-critère méthodologie. L'acheteur a besoin de ces informations pour vérifier la faisabilité de votre planning et la pertinence de votre choix de formule.
- Plan de balisage manquant ou générique : joindre un schéma type du livret SETRA photocopié sans l'adapter au plan réel de la rue est perçu comme une absence de plan de balisage. Le plan doit être spécifique au chantier, avec les noms des rues, les accès riverains et les intersections.
- Absence de mention DT-DICT : ne pas évoquer la procédure DT-DICT sur un chantier de terrassement ou de fraisage revient à ignorer une obligation réglementaire. L'acheteur public sait que cette procédure est obligatoire : son absence dans le mémoire est un signal d'alerte sur la maturité réglementaire du candidat.
- Pas de gestion des RAP : ne pas préciser la destination des agrégats fraisés (recyclage en centrale, décharge ISDI, réutilisation en grave de fondation) est un manque sur le sous-critère environnemental. Depuis 2023, les collectivités valorisent systématiquement le recyclage des RAP.
- Critère environnemental traité en une phrase : "notre démarche est certifiée ISO 14001" sans aucun indicateur chiffré (taux de RAP, température d'enrobé, bilan carbone du transport) ne décroche aucun point sur ce sous-critère. L'acheteur attend des données, pas des labels sans contenu.
- Oubli de la gestion des riverains : sur une voirie en centre-bourg, l'absence de tout engagement sur l'information des riverains (commerçants, accès pompiers, arrêts de bus) est perçue comme un risque de réclamations en cours de chantier. L'acheteur préfère un candidat qui anticipe ces tensions.
- Planning sans essais de compactage : ne pas mentionner les essais de réception du support (dynaplaque, essai à la plaque, pénétromètre dynamique) avant la mise en œuvre de l'enrobé signale un candidat qui n'a pas intégré les exigences du fascicule CCTG n°25 sur la réception des couches de fondation.
Pour aller plus loin sur les mécanismes d'élimination et les leviers d'amélioration, consultez les 9 leviers pour améliorer votre note et le guide sur la rédaction d'un mémoire BTP structuré.
Pour aller plus loin
- Guide complet du mémoire technique de marché public 2026
- Structure type d'un mémoire technique : plan et organisation
- Mémoire technique maçonnerie : modèle commenté lot gros œuvre
- Mémoire technique espaces verts : exemple commenté
- 9 leviers pour améliorer la note de votre mémoire technique
- 7 erreurs qui éliminent automatiquement une candidature
- Modèle mémoire technique BTP Word à télécharger
- Signaux faibles dans un DCE : lire les attentes implicites de l'acheteur
- Rédiger votre mémoire technique voirie avec l'IA Olra
Un mémoire technique voirie qui obtient 16-18/20 parle la langue du métier : Qualibat 1311, BBSG 0/10, NF P 98-150, RAP 35 %, enrobé tiède Évotherm, livret 1 SETRA, DICT transmise J-10, EV2 ≥ 50 MPa. Il montre que vous avez lu le DCE dans son intégralité, que vous connaissez la voirie et ses contraintes riveraines, et que votre phasage anticipe chaque interface : réseaux enterrés, signalisation, marquage, réception. Créez votre compte Olra pour analyser votre prochain DCE voirie et construire un plan de mémoire calibré sur les sous-critères réels du RC.
Questions fréquentes
Quelle qualification Qualibat est requise pour un marché public de voirie ?
La qualification de base est le Qualibat 1311 (voirie courante et travaux d'aménagement), exigée dans la quasi-totalité des marchés de voirie communale et départementale. Pour la grosse voirie ou les routes express, le 1312 est requis. Un lot VRD complet peut exiger simultanément le 1311, le 1340 (réseaux secs) et le 1351 (réseaux humides). Vérifiez le règlement de consultation section par section : une qualification manquante ou périmée est une cause d'élimination avant toute notation du mémoire technique.
Comment présenter la formule d'enrobé dans un mémoire technique voirie ?
La formule d'enrobé doit être précisée avec : la désignation normalisée (BBSG 0/10, BBME 0/14, EME 0/14 selon NF EN 13108), l'épaisseur de mise en œuvre en centimètres, le nom et la distance de la centrale de production agréée PCRM, la température de production (enrobé à chaud 155-165°C, enrobé tiède 110-130°C), et le taux de recyclage d'agrégats d'enrobé (RAP) incorporé. La fiche de formulation agréée doit être jointe en annexe. Un mémoire qui mentionne seulement "enrobé conforme aux normes" perd la quasi-totalité des points sur le sous-critère méthodologie.
Qu'est-ce que la procédure DT-DICT et comment l'intégrer dans le mémoire ?
La procédure DT-DICT est encadrée par le décret n°2011-1241 du 5 octobre 2011. La DT (Déclaration de projet de Travaux) est adressée par le maître d'ouvrage aux exploitants de réseaux avant le DCE. La DICT (Déclaration d'Intention de Commencement de Travaux) est envoyée par l'entreprise au moins 10 jours ouvrables avant le démarrage. Dans le mémoire, précisez : la date d'envoi des DICT prévue dans votre planning, la liste des exploitants concernés (ENEDIS, GRDF, Orange, concessionnaire eau, service assainissement), et votre procédure d'intégration des récépissés dans le plan d'exécution. Son absence dans le mémoire est un signal d'alerte sur la maîtrise réglementaire.
Comment traiter le critère environnemental dans un mémoire technique voirie ?
Le critère environnemental pèse 15 à 25 % dans les grilles de voirie actuelles. Il doit être traité avec des données chiffrées sur trois axes : le recyclage des agrégats d'enrobé (taux de RAP incorporé en % dans chaque formule, nom et distance de la centrale de recyclage), le choix d'enrobés tièdes (température de production, gain CO₂ estimé en tCO₂ sur le marché, additif ou procédé utilisé), et le bilan carbone du transport des matériaux (distance centrale-chantier, type de véhicule, label CO2 ADEME si détenu). Une certification ISO 14001 mentionnée sans aucun indicateur chiffré ne décroche aucun point.
Le plan de balisage est-il obligatoire dans un mémoire technique voirie ?
Le plan de balisage n'est pas toujours exigé contractuellement comme pièce du mémoire, mais son absence est systématiquement pénalisante sur le sous-critère signalisation et sécurité. Un plan de balisage spécifique au chantier (avec le fond de plan de la rue, le positionnement des panneaux KC1/KC2/KC3, les itinéraires de déviation, le cheminement piéton PMR et le nom du responsable balisage) constitue un document différenciant que vos concurrents ne joignent pas toujours. Proposez-le en annexe ou comme livrable J+5 après notification. Il doit être conforme à l'arrêté du 6 novembre 1992 et au livret 1 du SETRA (CEREMA).