Réglementation Par L'équipe Olra

Clauses sociales d'insertion : guide entreprise face à l'obligation 2026

Loi Climat et Résilience : 30% des marchés publics fin 2025, 100% au 21 août 2026. Guide TPE/PME pour répondre aux clauses d'insertion : heures, facilitateur, public éligible.

Le 21 août 2026, une obligation nouvelle s'impose à tous les acheteurs publics français : intégrer une clause sociale d'insertion dans l'intégralité de leurs marchés publics au-dessus des seuils européens. Ce n'est pas une recommandation ni un objectif de bonne pratique : c'est une contrainte juridique inscrite à l'article 35 de la loi n°2021-1104 du 22 août 2021, dite loi Climat et Résilience, précisée par le décret n°2024-873. Pour les entreprises qui répondent à des marchés publics, cela signifie que la quasi-totalité des consultations au-dessus de 215 000 € HT (services et fournitures) ou 5 382 000 € HT (travaux) comportera, dès cet été, une clause d'exécution ou un critère d'attribution lié à l'emploi de personnes en insertion. Ignorer ce sujet dans un mémoire technique ou dans la phase d'exécution expose le titulaire à des pénalités contractuelles spécifiques et, à terme, à une résiliation.

Ce guide s'adresse aux TPE, PME et ETI qui répondent à des marchés publics, qu'elles soient en position de titulaires ou de sous-traitants. Il décrit le calendrier légal, les trois formes que peut prendre la clause sociale, le calcul des heures d'insertion, le public éligible, le rôle du facilitateur, et les cinq modalités concrètes pour y répondre. Pour situer ce sujet dans le panorama des changements réglementaires des marchés publics en 2026, vous pouvez consulter notre article dédié avant d'entrer dans le détail des clauses d'insertion.

Points clés à retenir
  • Au 21 août 2026, 100% des marchés publics au-dessus des seuils européens devront comporter une clause sociale d'insertion : obligation issue de l'article 35 de la loi n°2021-1104 du 22 août 2021 et du décret n°2024-873.
  • La clause prend trois formes possibles : clause d'exécution (article L2112-2 CCP), critère d'attribution social, ou marché réservé (article L2113-13 CCP). L'acheteur choisit, le titulaire doit s'y conformer.
  • Le volume d'heures d'insertion est généralement calculé entre 5 % et 10 % des heures totales travaillées sur le marché : un chantier de 100 000 € HT représente en moyenne 350 heures d'insertion à mobiliser.
  • Le facilitateur de clause sociale, financé par les collectivités, joue un rôle clé : il aide le titulaire à identifier les publics éligibles, à mobiliser les structures d'insertion et à produire les justificatifs de suivi.
  • Cinq modalités permettent de répondre à la clause : recrutement direct, mise à disposition par une EI, ETTI ou AI, sous-traitance à une structure de l'ESS, recours à un GEIQ, ou contrat aidé. Le mémoire technique doit préciser laquelle sera retenue et avec quels engagements chiffrés.

Calendrier et chiffres clés : de 30 % à 100 %

La trajectoire est fixée depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021. Son article 35 a modifié le Code de la commande publique pour y inscrire une montée en charge progressive des clauses sociales d'insertion, avec une cible finale non négociable :

  • 30 % des marchés publics concernés devaient comporter une clause sociale au plus tard fin 2025 ;
  • 100 % des marchés publics au-dessus des seuils européens devront en comporter une au 21 août 2026.

Le décret n°2024-873, publié à l'automne 2024, a précisé les modalités d'application et les seuils à partir desquels l'obligation s'impose. Les marchés concernés sont ceux dont le montant estimé dépasse les seuils de procédure formalisée fixés par règlement européen :

  • 215 000 € HT pour les marchés de services et de fournitures passés par les collectivités territoriales et leurs établissements publics ;
  • 5 382 000 € HT pour les marchés de travaux, quelle que soit la nature de l'acheteur public.

Concrètement, les marchés de services en dessous de 215 000 € HT (ce qui couvre la grande majorité des MAPA) ne sont pas soumis à l'obligation légale, mais rien n'interdit à l'acheteur d'y inclure volontairement des clauses d'insertion, ce qu'un nombre croissant de collectivités font. Pour les entreprises TPE/PME, la réalité est donc plus nuancée : l'obligation légale ne les touche pas directement sur les petits marchés, mais les pratiques acheteurs évoluent vite, comme nous le détaillons dans la section dédiée. Pour une vue d'ensemble des changements réglementaires en cours, consultez notre article sur les marchés publics en 2026 : seuils, dématérialisation et nouvelles obligations.

Les trois formes de mise en oeuvre de la clause sociale

La clause sociale d'insertion n'a pas une forme unique. Le Code de la commande publique prévoit trois modalités distinctes. L'acheteur choisit librement laquelle il retient, ou peut en combiner plusieurs sur un même marché. Pour le candidat, comprendre la différence est essentiel car les obligations qui en découlent ne sont pas identiques.

La clause d'exécution (article L2112-2 CCP)

C'est la modalité la plus répandue. L'acheteur inscrit dans le Cahier des Clauses Administratives Particulières (CCAP) une obligation d'exécution sociale : le titulaire devra consacrer un nombre défini d'heures de travail à des personnes en situation d'insertion, pendant la durée du marché. Ce nombre d'heures est fixé dès le DCE et est non négociable.

La clause d'exécution n'entre pas en jeu dans la notation des offres : elle s'impose à tous les candidats de la même façon. Le candidat n'a pas à se distinguer sur ce point lors de l'analyse des offres ; il doit simplement démontrer dans son mémoire technique qu'il est en mesure de respecter l'engagement. En cas de non-respect en phase d'exécution, des pénalités spécifiques s'appliquent, inscrites au CCAP. Pour comprendre comment les critères d'attribution sont notés et pondérés, notre article sur les critères de notation en marché public vous donnera les clés d'analyse utiles.

Le critère d'attribution social

Dans cette seconde modalité, la dimension sociale est intégrée comme critère de sélection des offres. L'acheteur attribue une note aux candidats en fonction de leurs propositions en matière d'insertion : nombre d'heures proposées, qualité du dispositif, partenariats avec des structures spécialisées. La pondération de ce critère est définie dans le règlement de la consultation, en général entre 5 % et 20 % de la note globale.

Cette modalité est plus avantageuse pour les entreprises qui ont développé une véritable politique d'insertion : elles peuvent se différencier de leurs concurrents sur ce critère. Elle implique de détailler précisément les engagements dans le mémoire technique, avec des données chiffrées et des modalités concrètes. Un mémoire technique vague sur les clauses sociales sera pénalisé dans la notation.

Le marché réservé (article L2113-13 CCP)

La troisième modalité est le marché réservé. L'acheteur décide de réserver l'accès à la consultation à des entreprises d'insertion ou à des structures de l'économie sociale et solidaire (ESS) répondant à certains critères : pourcentage minimal de travailleurs handicapés, statut d'entreprise d'insertion, etc. Les entreprises classiques ne peuvent pas soumissionner sur ces marchés réservés.

Pour les candidats classiques, le marché réservé signifie simplement qu'ils ne peuvent pas répondre à la consultation. En revanche, ce mécanisme peut constituer une opportunité pour les sous-traitants ESS ou d'insertion avec lesquels ils travaillent, qui peuvent eux-mêmes remporter des marchés réservés. Notre article sur la sous-traitance en marché public détaille comment encadrer correctement ces relations.

Le calcul des heures d'insertion : méthode et exemples

Lorsque la clause prend la forme d'une clause d'exécution, l'acheteur doit chiffrer le nombre d'heures d'insertion à réaliser. Ce calcul est au coeur de la clause sociale : c'est ce chiffre que le titulaire s'engage à respecter et sur lequel il rendra des comptes tout au long du marché.

La méthode classique : 5 % à 10 % des heures totales travaillées

Il n'existe pas de méthode légalement imposée, mais la pratique des acheteurs converge vers un ratio compris entre 5 % et 10 % du nombre total d'heures de travail prévues sur le marché. Ce ratio est appliqué au volume horaire global estimé du marché, et non au montant en euros.

Le calcul du volume horaire total part du montant du marché. La conversion est réalisée selon des ratios sectoriels :

  • Dans le bâtiment et les travaux publics, le ratio généralement retenu est de 3,5 heures de travail par tranche de 1 000 € HT de prestations ;
  • Dans les services, le ratio varie selon la nature de la prestation (nettoyage, sécurité, restauration, entretien des espaces verts) et peut aller de 4 à 7 heures pour 1 000 € HT ;
  • Pour les fournitures avec installation, seules les heures liées à la pose et à l'installation sont comptabilisées.

Exemples concrets

Chantier de rénovation à 100 000 € HT (BTP) : à 3,5 h / 1 000 €, le marché représente 350 heures de travail total. Avec un taux de clause à 10 %, l'obligation est de 35 heures d'insertion. À 5 %, elle descend à 17,5 heures, arrondies à 18 heures. Pour une prestation de 3 mois, cela représente moins d'une demi-journée par semaine d'un salarié en insertion.

Marché de nettoyage à 220 000 € HT (services) : à 6 h / 1 000 €, le volume horaire total est de 1 320 heures. Avec un taux de clause à 7 %, l'obligation atteint 92 heures d'insertion, soit environ 2,5 semaines de travail à temps plein sur la durée du marché.

Marché de travaux à 5 500 000 € HT : à 3,5 h / 1 000 €, le volume horaire total avoisine 19 250 heures. Avec un taux à 5 %, l'obligation est de 962 heures d'insertion, soit environ 6 mois de travail équivalent temps plein, à répartir entre plusieurs personnes en insertion sur la durée du chantier.

Le public éligible à la clause d'insertion : qui peut travailler sur le marché

La clause sociale d'insertion ne peut pas bénéficier à n'importe quel salarié recruté. La réglementation définit des catégories précises de personnes en situation d'exclusion du marché du travail, et seules les heures travaillées par ces personnes comptent dans le décompte de la clause.

Les catégories de public éligible

Les catégories retenues dans les clauses sociales s'alignent sur les bénéficiaires des politiques d'insertion reconnus par les pouvoirs publics :

  • Demandeurs d'emploi de longue durée (DELD) : personnes inscrites à France Travail depuis plus de 12 mois (ou 6 mois pour les plus de 50 ans dans certains dispositifs) ;
  • Jeunes de moins de 26 ans sans qualification : jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ni titre professionnel de niveau V minimum ;
  • Bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) et bénéficiaires du RSA socle ;
  • Bénéficiaires de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés (BOETH) : personnes reconnues travailleurs handicapés (RQTH) par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) ;
  • Résidents de quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) : personnes dont le domicile est situé dans un QPV inscrit au décret du 30 décembre 2014 ;
  • Personnes sortant de prison ou de mesure de justice : libérées de détention depuis moins d'un an, ou en semi-liberté, ou sous surveillance électronique ;
  • Réfugiés statutaires : personnes bénéficiant d'une protection internationale accordée par l'OFPRA ou la CNDA.

Justification de l'appartenance au public éligible

Le titulaire doit pouvoir justifier, pour chaque personne en insertion, qu'elle appartenait bien à l'une des catégories éligibles au moment de son embauche. Les documents probants sont : attestation France Travail (DELD), notification RSA du Conseil Départemental, attestation RQTH de la MDPH, avis d'imposition domicilié en QPV, certificat de libération conditionnelle, titre de séjour mention réfugié. Ces documents doivent être conservés et mis à disposition de l'acheteur ou du facilitateur sur demande.

En pratique, le facilitateur de clause sociale aide le titulaire à constituer et vérifier ces dossiers, ce qui allège considérablement la charge administrative. Pour les entreprises qui découvrent ces exigences à l'occasion d'un premier marché avec clause, notre checklist pour répondre à un premier marché public donne un cadre général utile avant d'entrer dans les détails sectoriels.

Le rôle du facilitateur de clause sociale

Le facilitateur de clause sociale est un acteur central du dispositif d'insertion en marché public. Il fait le lien entre l'acheteur public, le titulaire du marché, et les structures d'insertion (entreprises d'insertion, associations intermédiaires, France Travail). C'est un interlocuteur gratuit pour le titulaire : son financement est assuré par la collectivité publique ou par des fonds européens.

La mission du facilitateur

Le facilitateur intervient à toutes les étapes du marché :

  • Avant la notification : il peut aider les candidats à comprendre les clauses sociales du DCE, à estimer le volume d'heures et à identifier les modalités de réponse adaptées à leur situation ;
  • Au démarrage du marché : il contacte le titulaire, présente les structures d'insertion disponibles localement, aide à identifier des candidats éligibles correspondant aux besoins du marché ;
  • En cours d'exécution : il suit le comptage des heures, recueille les justificatifs auprès du titulaire, alerte si le rythme d'insertion risque de ne pas permettre d'atteindre l'objectif ;
  • À la fin du marché : il établit un bilan de la clause, transmet les données à l'acheteur, et identifie les situations pouvant justifier une adaptation ou une tolérance.

Qui finance le facilitateur et comment le contacter

Les facilitateurs de clauses sociales sont financés par les collectivités territoriales, les Conseils Départementaux, les Communautés d'Agglomération, ou par des fonds européens (FSE+). Ils sont regroupés au sein du réseau Alliance Villes Emploi (AVE), qui répertorie l'ensemble des facilitateurs actifs sur le territoire national. La base nationale de facilitateurs est accessible sur le site d'Alliance Villes Emploi, permettant de trouver le facilitateur compétent pour une zone géographique donnée.

En pratique, c'est souvent l'acheteur public qui met le titulaire en relation avec le facilitateur dès la notification du marché. Mais rien n'empêche une entreprise de contacter proactivement le facilitateur lors de la phase d'offre, pour mieux comprendre les contraintes avant de s'engager dans le mémoire technique.

Les cinq modalités de réponse pour le titulaire

Le titulaire d'un marché avec clause d'insertion n'est pas obligé de recruter directement des personnes en insertion. La réglementation reconnaît cinq modalités équivalentes, que le titulaire peut combiner selon ses capacités organisationnelles et la nature de ses prestations.

1. Le recrutement direct en CDD ou CDI

L'entreprise recrute directement une personne appartenant au public éligible, en CDD ou CDI, et l'affecte en tout ou partie aux prestations du marché. C'est la modalité la plus directe, mais aussi celle qui demande le plus d'investissement RH : sourcing, entretiens, intégration, accompagnement en cours de contrat. France Travail peut aider à identifier des candidats éligibles, notamment dans le cadre des dispositifs de recrutement par simulation (MRS) ou des actions de formation préalable au recrutement (AFPR).

2. La mise à disposition par une entreprise d'insertion (EI, ETTI, AI)

Le titulaire fait appel à une entreprise d'insertion (EI), une entreprise de travail temporaire d'insertion (ETTI), ou une association intermédiaire (AI) pour se faire mettre à disposition des salariés en parcours d'insertion. Ces structures ont pour vocation de permettre à des personnes éloignées de l'emploi d'acquérir une expérience professionnelle dans un cadre sécurisé, avec un accompagnement socioprofessionnel.

C'est la modalité la plus souple pour le titulaire : il n'assume pas le lien de subordination direct avec le salarié en insertion, et la structure d'insertion gère l'ensemble des aspects administratifs et d'accompagnement. Les heures de travail effectuées par les salariés mis à disposition comptent intégralement dans le décompte de la clause. Le facilitateur peut orienter vers les structures d'insertion locales les mieux adaptées au secteur d'activité du marché.

3. La sous-traitance à une structure de l'économie sociale et solidaire (ESS)

Le titulaire sous-traite une partie des prestations à une structure de l'ESS agréée, dont l'activité est exercée par des personnes en insertion. Cette modalité suppose de respecter les règles du Code de la commande publique en matière de sous-traitance, notamment le formulaire DC4 et l'agrément de l'acheteur, mais elle permet au titulaire de déléguer la dimension insertion à un spécialiste. Notre guide sur la sous-traitance en marché public et le formulaire DC4 détaille les formalités à respecter.

4. Le recours à un GEIQ (Groupement d'Employeurs pour l'Insertion et la Qualification)

Les GEIQ (Groupements d'Employeurs pour l'Insertion et la Qualification) sont des associations d'employeurs qui recrutent et mettent à disposition de leurs membres des salariés en parcours d'insertion, combinant travail et formation qualifiante (contrat de professionnalisation, apprentissage). Pour les entreprises des secteurs du bâtiment, des travaux publics, du nettoyage industriel ou de la restauration, les GEIQ sectoriels constituent souvent la meilleure réponse à la clause sociale : les profils sont pré-qualifiés, et l'accompagnement socioprofessionnel est assuré par le GEIQ.

5. Le contrat aidé

Enfin, le titulaire peut embaucher une personne dans le cadre d'un contrat aidé co-financé par l'État : contrat d'accompagnement dans l'emploi (CAE), contrat initiative emploi (CIE), ou emploi d'avenir selon les dispositifs en vigueur. Ces contrats bénéficient d'une prise en charge partielle par France Travail, ce qui réduit le coût salarial pour l'entreprise. La personne recrutée doit appartenir au public éligible, et les heures travaillées comptent dans le décompte de la clause.

Ce que mettre dans le mémoire technique sur les clauses sociales

Lorsque la clause sociale est un critère d'attribution (et non une simple clause d'exécution), le mémoire technique est le document qui détermine la note obtenue par le candidat sur ce critère. Même lorsqu'il s'agit d'une clause d'exécution, l'acheteur attend dans le mémoire une démonstration claire que le candidat a compris ses obligations et dispose d'un plan concret pour les respecter.

Un mémoire technique efficace sur les clauses sociales doit comporter les éléments suivants, idéalement présentés dans un tableau synthétique :

Élément attendu Ce qu'il faut renseigner Niveau de précision recommandé
Volume d'heures d'insertion Nombre d'heures que vous vous engagez à réaliser (au minimum égal à l'obligation du CCAP) Chiffre précis, ventilé par trimestre si le marché dure plus de 6 mois
Public cible Catégorie(s) de public éligible que vous prévoyez de mobiliser Identifier 1 à 2 catégories prioritaires selon votre secteur
Modalité retenue Recrutement direct, mise à disposition, sous-traitance ESS, GEIQ, contrat aidé Nom de la structure partenaire si déjà identifiée
Facilitateur identifié Nom du facilitateur compétent sur la zone d'intervention, contact Indiquer si un premier contact a déjà eu lieu
Calendrier de mise en oeuvre À partir de quand les personnes en insertion interviendront sur le marché Délai en semaines à compter de la notification
Justificatifs prévus Fiche de suivi mensuelle, bordereau de paie, attestation de la structure d'insertion Indiquer le format et la périodicité des remontées

La rédaction du mémoire technique est souvent l'étape où les entreprises perdent des points faute de précision. Un engagement vague du type "nous ferons appel à des personnes en insertion conformément au CCAP" n'apporte aucune valeur dans la notation. Un engagement chiffré, avec une structure partenaire nommée et un calendrier précis, peut au contraire différencier le candidat de façon décisive. Pour une approche complète de la rédaction du mémoire technique, notre guide complet du mémoire technique en marché public et notre article sur l'amélioration de la note sur le mémoire technique vous donnent les clés de structuration.

Suivi, reporting et sanctions en cas de non-respect

La clause sociale d'insertion ne s'arrête pas à la signature du marché. L'exécution fait l'objet d'un suivi régulier, et le non-respect des engagements expose le titulaire à des pénalités contractuelles spécifiques prévues au CCAP.

Les justificatifs de suivi à produire

Le titulaire doit produire des justificatifs mensuels ou trimestriels selon les modalités prévues au CCAP. En pratique, trois types de documents sont généralement demandés :

  • La fiche de suivi de la clause sociale : document standardisé (souvent fourni par le facilitateur) listant pour chaque période le nom de la personne en insertion, sa catégorie de public éligible, le nombre d'heures réalisées, la structure qui la met à disposition le cas échéant ;
  • Les bordereaux de paie ou attestations d'heures : justificatifs des heures effectivement réalisées, établis par l'entreprise ou la structure d'insertion ;
  • Les justificatifs de situation de la personne en insertion : documents prouvant l'appartenance au public éligible (attestation France Travail, notification RSA, RQTH, etc.).

Le rôle du facilitateur dans le suivi

Le facilitateur joue un rôle central dans la collecte et la vérification des justificatifs. Il sert d'interface entre le titulaire et l'acheteur : il collecte les fiches de suivi, les vérifie, et établit un bilan trimestriel ou semestriel transmis à l'acheteur. En cas d'écart entre les heures réalisées et les heures prévues, le facilitateur alerte l'acheteur et propose des solutions : intensification des recrutements, changement de structure partenaire, étalement du calendrier.

Les sanctions en cas de non-respect

Le CCAP prévoit des pénalités contractuelles spécifiques à la clause sociale, distinctes des pénalités de retard classiques. Ces pénalités sont généralement calculées par heure d'insertion non réalisée : un montant forfaitaire par heure manquante, souvent compris entre 10 € et 50 € selon les acheteurs. Pour un marché avec 500 heures d'insertion exigées et un taux de pénalité de 30 € / heure, un déficit de 100 heures représente 3 000 € de pénalités.

Au-delà des pénalités financières, le non-respect répété des clauses sociales peut être mentionné dans l'appréciation des marchés antérieurs lors de l'évaluation des candidatures futures. Certains acheteurs, notamment les grandes collectivités, ont mis en place des systèmes de suivi pluriannuel des performances sociales de leurs fournisseurs. Pour comprendre les clauses du CCAP qui peuvent s'avérer piégeuses, consultez notre article sur les critères d'attribution et les pénalités contractuelles.

Spécificités TPE/PME : enjeux réels et opportunités à saisir

Pour une TPE ou une PME, la question de l'obligation au 21 août 2026 mérite d'être posée sans détour : les marchés au-dessus de 215 000 € HT en services et fournitures, ou 5 382 000 € HT en travaux, ne sont pas ceux que candidatent la plupart des très petites entreprises. Mais plusieurs dynamiques méritent attention.

La montée en puissance des clauses dans les MAPA volontaires

De nombreuses collectivités, en particulier les grandes métropoles, les Conseils Régionaux et les hôpitaux publics, ont décidé d'aller au-delà de l'obligation légale et d'intégrer des clauses sociales dans leurs MAPA, c'est-à-dire leurs marchés en dessous des seuils. C'est une décision discrétionnaire des acheteurs, mais elle est en forte progression depuis 2022. Une entreprise qui répond à des MAPA de 80 000 € ou 120 000 € sur certains territoires peut donc y trouver des clauses sociales, même si elle n'est pas légalement obligatoire.

Les marchés réservés comme opportunité pour les petites structures ESS

L'article L2113-13 du CCP sur les marchés réservés concerne spécifiquement les structures qui emploient une majorité de travailleurs handicapés ou de personnes en situation d'exclusion. Pour une PME structurée autour de l'insertion ou du travail adapté, les marchés réservés constituent un segment sans concurrence avec les grandes entreprises. Le gouvernement a fixé un objectif de développement de ce segment, ce qui en fait un domaine de croissance pour les structures qualifiées.

Comment se positionner dès maintenant

Pour une TPE/PME qui répond à des marchés avec clause sociale, la démarche recommandée est la suivante :

  • Identifier le facilitateur compétent sur la zone géographique principale d'intervention, et établir un premier contact avant même d'avoir un marché concerné. La relation avec le facilitateur se construit dans la durée ;
  • Établir un partenariat préalable avec une ou deux structures d'insertion (EI, ETTI, AI, GEIQ) du secteur, pour pouvoir les mentionner dans les mémoires techniques avec un engagement réaliste ;
  • Former le référent administratif de l'entreprise aux obligations de suivi et à la production des justificatifs, pour ne pas être pris de court en cours d'exécution ;
  • Lire systématiquement le CCAP lors de l'analyse d'un DCE, pour identifier les clauses sociales et en évaluer le poids avant de déposer une offre.

Pour les TPE qui candidatent pour la première fois à des marchés publics ou qui découvrent les clauses sociales, notre guide dédié aux auto-entrepreneurs et TPE souhaitant candidater à un marché public pose les bases utiles avant d'aborder ces exigences spécifiques. Notre glossaire des marchés publics recense également les termes techniques abordés dans cet article, dont EI, ETTI, AI, GEIQ, QPV, BOETH.

Pour aller plus loin

Identifier les clauses sociales dans un DCE, mesurer leur poids dans la notation et anticiper les engagements à formuler dans le mémoire technique fait partie de l'analyse automatique qu'Olra réalise à l'ouverture d'un dossier. Testez la rédaction assistée du mémoire technique pour voir comment Olra structure les engagements sociaux dans votre prochain mémoire.

Questions fréquentes sur les clauses sociales d'insertion

Tous les marchés publics seront-ils concernés par la clause sociale au 21 août 2026 ?

Non, l'obligation légale issue de la loi n°2021-1104 du 22 août 2021 et du décret n°2024-873 s'applique uniquement aux marchés publics dont le montant estimé dépasse les seuils de procédure formalisée : 215 000 € HT pour les marchés de services et de fournitures, et 5 382 000 € HT pour les marchés de travaux. Les MAPA (marchés à procédure adaptée) en dessous de ces seuils ne sont pas légalement concernés, mais un nombre croissant d'acheteurs publics y intègrent volontairement des clauses sociales. Il est donc prudent de lire systématiquement le CCAP de tout marché auquel vous répondez, quel que soit son montant.

Combien d'heures d'insertion devra-t-on réaliser sur un marché de 300 000 € HT de travaux ?

Le calcul part du volume horaire total du marché. Dans le secteur BTP, le ratio le plus couramment utilisé est de 3,5 heures de travail par tranche de 1 000 € HT, soit 1 050 heures totales pour un marché de 300 000 € HT. Avec un taux de clause sociale de 5 %, l'obligation est de 52,5 heures d'insertion, arrondies selon les pratiques de l'acheteur. À 10 %, elle atteint 105 heures. Le calcul exact est toujours précisé dans le CCAP du marché : les ratios mentionnés ici sont des valeurs de référence, non des normes légales imposées. Le facilitateur de clause sociale peut vous aider à vérifier ce calcul avant de formuler votre engagement dans le mémoire technique.

Le facilitateur de clause sociale est-il payant pour le titulaire du marché ?

Non. Le facilitateur de clause sociale est un service gratuit pour le titulaire du marché. Son financement est assuré par la collectivité publique commanditaire, par des fonds européens (FSE+) ou par des conventions avec des organismes publics comme France Travail. Le réseau Alliance Villes Emploi (AVE) recense l'ensemble des facilitateurs actifs sur le territoire français. En pratique, c'est souvent l'acheteur public lui-même qui met le titulaire en contact avec le facilitateur dès la notification du marché. Vous pouvez également contacter directement le facilitateur compétent sur votre zone d'intervention avant même de déposer votre offre.

Quelles sont les sanctions si le titulaire ne réalise pas les heures d'insertion prévues ?

Le CCAP prévoit des pénalités contractuelles spécifiques à la clause sociale, calculées par heure d'insertion non réalisée. Le montant varie selon les acheteurs, généralement entre 10 € et 50 € par heure manquante. Pour un marché avec 200 heures d'insertion et un déficit de 80 heures à 30 € / heure, la pénalité atteindrait 2 400 €. Ces pénalités sont distinctes des pénalités de retard classiques. En cas de non-respect grave et répété, l'acheteur peut aller jusqu'à la résiliation du marché aux torts du titulaire. La transparence avec le facilitateur est la meilleure protection : si des difficultés surviennent en cours d'exécution, le signaler rapidement permet souvent de trouver des solutions amiables avant que les pénalités ne soient appliquées.

Un auto-entrepreneur ou une micro-entreprise peut-il répondre à une clause sociale ?

Un auto-entrepreneur ne peut pas recruter de salariés directement : le statut micro-entreprise ne le permet pas. En revanche, il peut répondre à une clause sociale en sous-traitant une partie des heures à une association intermédiaire (AI) ou à une entreprise d'insertion (EI), qui met à disposition des personnes en insertion sur le chantier ou la prestation. Les heures réalisées par ces personnes comptent dans le décompte de la clause, y compris si elles sont sous-traitées. Cette modalité doit être clairement décrite dans le mémoire technique et la sous-traitance doit être déclarée et agréée par l'acheteur selon les règles du DC4. La taille de la structure n'est pas une cause d'exemption de la clause sociale, mais elle conditionne la modalité choisie pour y répondre.

Anas Rabhi
Anas Rabhi
Ingénieur IA · Tensoria
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