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Pénalités de retard en marché public : calcul et recours

Pénalités de retard en marché public : formule CCAG-Travaux, plafond légal, causes d'exonération et mémoire en réclamation. Guide complet pour titulaires.

Les pénalités de retard constituent l'un des sujets les moins bien maîtrisés par les titulaires de marchés publics, et pourtant l'un des plus coûteux. Un délai dépassé de quelques semaines peut entraîner une retenue de plusieurs dizaines de milliers d'euros sur le solde, parfois sans que le titulaire ait véritablement failli à ses obligations. Comprendre le régime juridique applicable, savoir calculer les sommes en jeu et connaître les voies de contestation sont des compétences indispensables pour tout chef de projet intervenant sur commande publique.

Cet article couvre l'ensemble du régime des pénalités de retard en marché public : les différences entre CCAG, la formule de calcul du CCAG-Travaux 2021, le plafond légal, les causes d'exonération reconnues par la jurisprudence, et la procédure pour contester par mémoire en réclamation. Pour comprendre comment les clauses relatives aux pénalités s'insèrent dans l'architecture contractuelle du marché, consultez d'abord notre guide sur le CCAG-Travaux 2021 et notre article sur les clauses dérogatoires à surveiller dans le CCAP.

Points clés à retenir
  • La formule de calcul du CCAG-Travaux 2021 est P = (V × R) / 3000 — le montant des pénalités dépend du montant des travaux restants et du nombre de jours de retard.
  • Le plafond pratique est de 10 % du montant du marché, mais il est dérogeable dans le CCAP : certains acheteurs l'abaissent à 5 % ou le suppriment pour les marchés sensibles.
  • La mise en demeure préalable n'est pas obligatoire pour appliquer des pénalités sous le CCAG-Travaux (art. 19.2) — le simple constat de retard suffit.
  • Les causes d'exonération reconnues sont limitées : intempéries exceptionnelles (attestées par Météo-France), force majeure, faute de l'acheteur et ordre de service tardif ouvrant droit à prolongation de délai.
  • Pour contester, le titulaire dispose de 30 jours à compter de la notification pour déposer un mémoire en réclamation (art. 50 CCAG-Travaux) — délai de forclusion strict.

Régime juridique des pénalités de retard selon le CCAG applicable

Les pénalités de retard en marché public sont régies par le CCAG auquel le marché se réfère. Chaque CCAG définit ses propres règles : formule de calcul, seuil de déclenchement, nécessité ou non d'une mise en demeure. Les quatre principaux CCAG présentent des différences importantes que tout titulaire doit maîtriser avant de signer.

CCAG-Travaux 2021 — article 19

L'article 19 du CCAG-Travaux 2021 (arrêté du 30 mars 2021) est le texte de référence pour les marchés de travaux. Il prévoit l'application automatique des pénalités dès le premier jour de retard constaté, sans mise en demeure préalable. Le montant est calculé par application d'une formule proportionnelle au montant des prestations restant à réaliser.

Point notable : l'article 19.2 du CCAG-Travaux 2021 introduit une distinction entre les pénalités applicables au dépassement du délai global d'exécution et celles applicables au dépassement des délais partiels fixés au planning contractuel. Les délais partiels peuvent faire l'objet de pénalités séparées si le CCAP le prévoit expressément.

CCAG-FCS 2021 — article 14

Le CCAG Fournitures Courantes et Services (FCS), dans sa version 2021, régit les pénalités à l'article 14. Contrairement au CCAG-Travaux, le CCAG-FCS prévoit des pénalités forfaitaires journalières exprimées en pourcentage du montant de la prestation non exécutée dans les délais. Ce mécanisme forfaitaire est plus simple à calculer mais moins favorable au titulaire en cas de retard prolongé.

CCAG-PI 2021 — article 14

Le CCAG Prestations Intellectuelles (PI) adopte également un mécanisme forfaitaire journalier à l'article 14. Les pénalités sont calculées sur la base du montant de la tranche ou de la phase en retard, et non sur le montant global du marché. Cette différence d'assiette peut réduire significativement l'exposition en cas de retard sur une phase partielle.

CCAG-MOE 2021 — article 19

Le CCAG Maîtrise d'Oeuvre (MOE) prévoit à l'article 19 un régime proche du CCAG-Travaux, avec des pénalités calculées par rapport au montant des missions ou phases non achevées dans les délais. L'article distingue les retards imputables au maître d'oeuvre de ceux causés par des aléas indépendants, avec une procédure de constat contradictoire.

Tableau comparatif : pénalités selon le CCAG

CCAG Article Mécanisme Formule / Taux Mise en demeure préalable Plafond standard
Travaux 2021 Art. 19 Proportionnel journalier P = (V × R) / 3000 Non obligatoire 10 % du montant du marché
FCS 2021 Art. 14 Forfaitaire journalier 1/3000 du montant de la prestation en retard Requise en pratique (selon CCAP) 10 % du montant du marché
PI 2021 Art. 14 Forfaitaire journalier 1/3000 du montant de la phase en retard Requise en pratique 10 % du montant du marché
MOE 2021 Art. 19 Proportionnel par phase Variable selon phase Non obligatoire (constat contradictoire) 10 % du montant du marché

Formule de calcul des pénalités — CCAG-Travaux 2021

La formule inscrite à l'article 19.2 du CCAG-Travaux 2021 est la suivante :

P = (V × R) / 3000

Où :

  • P = montant de la pénalité journalière (en euros HT) ;
  • V = montant HT des prestations restant à exécuter au moment du constat de retard ;
  • R = nombre de jours de retard.

Le diviseur 3000 est une valeur fixe, définie par le CCAG. Il peut être modifié par le CCAP — c'est l'une des clauses dérogatoires les plus fréquentes. Certains acheteurs descendent ce diviseur à 1000, ce qui triple mécaniquement le montant des pénalités.

Exemple chiffré n° 1 — marché de travaux courant

Un marché de travaux de 600 000 € HT. À la date de livraison contractuelle, 120 000 € HT de travaux restent à exécuter. Le titulaire accumule 15 jours de retard.

  • V = 120 000 € HT
  • R = 15 jours
  • P totale = (120 000 × 15) / 3000 = 600 € par jour × 15 jours = 9 000 € HT

Le plafond à 10 % du marché étant de 60 000 €, les pénalités restent bien en deçà.

Exemple chiffré n° 2 — diviseur contractuel abaissé à 1000

Même scénario, mais le CCAP prévoit un diviseur de 1000 au lieu de 3000 :

  • P totale = (120 000 × 15) / 1000 = 1 800 € par jour × 15 jours = 27 000 € HT

L'impact est trois fois plus élevé. Repérer cette dérogation lors de la lecture du CCAP avant de candidater est donc déterminant pour évaluer votre exposition réelle. Notre article sur les clauses contractuelles défavorables du CCAP explique comment identifier ces modifications dès l'analyse du DCE.

Pénalités forfaitaires, proportionnelles et journalières : quelles différences

Tous les marchés publics ne recourent pas au même mécanisme. Trois types de pénalités coexistent selon le CCAG et les stipulations du CCAP.

Pénalités journalières proportionnelles

C'est le mécanisme du CCAG-Travaux. Le montant varie chaque jour selon la valeur des prestations restant à réaliser. Plus le titulaire avance dans ses travaux tout en étant en retard, plus la base de calcul diminue. Cela crée une incitation à progresser même hors délai, puisque chaque prestation achevée réduit le montant de pénalité du lendemain.

Pénalités journalières forfaitaires

Caractéristiques du CCAG-FCS et du CCAG-PI. Le montant est fixe pour chaque jour de retard, calculé une fois sur le montant de la prestation ou de la phase en retard. Il ne diminue pas à mesure que les travaux avancent. Ce mécanisme est plus pénalisant lors d'un retard prolongé sur une prestation peu avancée.

Pénalités d'indisponibilité et pénalités de performance

Ces deux catégories sont distinctes des pénalités de retard et ne doivent pas être confondues :

  • les pénalités d'indisponibilité s'appliquent dans les marchés de maintenance ou d'exploitation lorsqu'un équipement ou un service n'est pas disponible au niveau contractuel — elles mesurent une défaillance de résultat, pas un retard de livraison ;
  • les pénalités de performance (ou pénalités qualité) sanctionnent le non-respect d'indicateurs définis au CCTP (taux de disponibilité, délai d'intervention, taux d'erreurs) — elles peuvent s'appliquer même si le marché est exécuté dans les délais.

Ces pénalités alternatives sont systématiquement définies dans le CCAP et le CCTP. Leur régime de contestation est identique à celui des pénalités de retard, via le mémoire en réclamation.

Plafond légal des pénalités et dérogations par le CCAP

Le Code de la commande publique (article R2194-1) ne fixe pas de plafond légal absolu aux pénalités de retard. C'est le CCAG de référence et le CCAP du marché qui définissent le plafond applicable. En pratique, la quasi-totalité des marchés retient un plafond de 10 % du montant du marché TTC, conformément à la pratique administrative consolidée et aux recommandations de la Direction des Affaires Juridiques.

Toutefois, le CCAP peut déroger à ce plafond dans les deux sens :

  • Plafond abaissé (ex. 5 %) : plus favorable au titulaire, rarement rencontré sauf négociation spécifique ;
  • Plafond supprimé : théoriquement possible mais rare, exposant le titulaire à des pénalités illimitées — à refuser absolument ou à faire encadrer par une clause de résiliation pour convenance ;
  • Plafond relevé (ex. 15 % ou 20 %) : possible dans les marchés à fort enjeu de délai (travaux d'infrastructure, marchés de défense) — à évaluer dans le prix de risque de l'offre.

Si la prolongation du délai s'impose en cours d'exécution (sujétions imprévues, intempéries, modifications du programme), elle doit être actée par avenant — c'est le levier contractuel qui neutralise les pénalités liées au retard imputable à l'acheteur. Pour le détail des plafonds et conditions de modification autorisés, consultez notre guide sur l'avenant en marché public et le plafond de modification.

Par ailleurs, le Conseil d'État admet le contrôle judiciaire des pénalités manifestement excessives. Le juge administratif peut réduire des pénalités disproportionnées par rapport au préjudice réel de l'acheteur (CE, 29 décembre 2008, n° 296930). Cette voie de recours, distincte du mémoire en réclamation, suppose une procédure devant le tribunal administratif et doit être activée avant paiement définitif.

Mise en demeure préalable : obligatoire selon quel CCAG

L'obligation ou non d'une mise en demeure avant l'application des pénalités est une source fréquente d'erreur d'interprétation.

Sous le CCAG-Travaux 2021 (art. 19.2), les pénalités sont applicables sans mise en demeure préalable. Le simple constat de dépassement du délai contractuel suffit. L'acheteur n'a pas à notifier une mise en demeure pour déclencher le calcul des pénalités — contrairement à ce que certains titulaires supposent par analogie avec le droit commun.

Sous le CCAG-FCS et CCAG-PI, la pratique contractuelle est plus variable. Certains CCAP exigent une mise en demeure restée infructueuse avant application des pénalités. Il faut lire précisément les stipulations du CCAP pour déterminer si une telle condition est prévue.

En tout état de cause, même lorsqu'une mise en demeure est requise, elle n'est pas un acte de réclamation : c'est un préalable administratif. Elle ne suspend pas les délais de forclusion du mémoire en réclamation une fois les pénalités notifiées.

Causes d'exonération des pénalités de retard

La liste des causes d'exonération reconnues est plus restreinte que ce que les titulaires imaginent généralement. Les quatre situations admises sont les suivantes.

Intempéries exceptionnelles — référence Météo-France

L'article 19.3 du CCAG-Travaux 2021 prévoit que les jours d'intempéries au sens légal (loi du 21 octobre 1946 et code du travail) donnent droit à prolongation du délai. Mais la procédure est stricte : le titulaire doit tenir un journal de chantier quotidien, déclarer les jours d'intempéries à l'acheteur dans les délais prévus au CCAP, et produire une attestation Météo-France certifiant les conditions météorologiques relevées sur le site.

L'attestation Météo-France est un document officiel payant, commandé auprès du service Météo-France Entreprises. Elle est indispensable pour opposer les intempéries à l'acheteur — une simple photographie de chantier ou une déclaration unilatérale du chef de chantier ne suffit pas.

Force majeure

La force majeure au sens du droit administratif doit réunir trois critères cumulatifs : extériorité, imprévisibilité et irrésistibilité. Les événements régulièrement invoqués mais rarement admis comprennent les grèves générales, les actes de terrorisme, ou les pandémies d'ampleur nationale reconnues par décision gouvernementale. Une grève des sous-traitants, une rupture d'approvisionnement liée à la conjoncture du marché ou un défaut de personnel ne constituent pas une force majeure.

Faute de l'acheteur

Lorsque le retard est causé par une défaillance de l'acheteur — mise à disposition tardive du terrain, approbation tardive de plans soumis à validation, retard de paiement d'acomptes ayant provoqué un arrêt de chantier — le titulaire peut demander la neutralisation des jours correspondants. Cette cause d'exonération doit être documentée précisément : correspondances, ordres de service, rapports de réunion de chantier mentionnant la cause externe du retard.

Ordre de service tardif et modifications en cours d'exécution

Un ordre de service modifiant le périmètre des travaux, les plans ou les spécifications techniques après la date contractuelle de début d'exécution ouvre droit à une prolongation du délai. Le titulaire doit réclamer cette prolongation dans les délais prévus au CCAP, généralement dans les 15 jours suivant la réception de l'ordre de service. Un silence à ce stade peut être interprété comme une acceptation du délai initial sans modification. Pour comprendre comment ces situations s'articulent avec le planning contractuel, consultez notre analyse du CCAG-Travaux 2021 et ses mécanismes d'exécution.

Comment contester les pénalités : le mémoire en réclamation

La voie de droit principale pour contester les pénalités de retard est le mémoire en réclamation, prévu à l'article 50 du CCAG-Travaux 2021 (et aux articles équivalents des autres CCAG).

Délai de 30 jours — forclusion stricte

Le titulaire dispose de 30 jours calendaires à compter de la notification de la décision de l'acheteur (le plus souvent le décompte général ou la notification formelle des pénalités) pour déposer son mémoire en réclamation. Ce délai est un délai de forclusion : le dépasser prive définitivement le titulaire de toute possibilité de contester devant le juge administratif.

Il est donc impératif de surveiller la date de réception de chaque courrier de l'acheteur portant sur les pénalités, et d'engager immédiatement la rédaction du mémoire.

Contenu du mémoire en réclamation

Un mémoire en réclamation efficace contient :

  • l'identification précise des pénalités contestées (montant, période, base de calcul retenue par l'acheteur) ;
  • le calcul contradictoire réalisé par le titulaire avec les paramètres qu'il estime corrects ;
  • les causes d'exonération invoquées avec toutes les pièces justificatives (journal de chantier, attestation Météo-France, ordres de service, courriers documentant la faute de l'acheteur) ;
  • le montant de la réduction demandée ou, selon les cas, la demande d'annulation totale ;
  • les références juridiques pertinentes (articles du CCAG, clauses du CCAP, jurisprudence applicable).

Suite de la procédure : CRA et recours au TA

Après dépôt du mémoire en réclamation, l'acheteur dispose d'un délai pour répondre (généralement 30 jours). En cas de rejet ou de silence, le titulaire peut saisir le Comité de Règlement Amiable (CRA), instance extrajudiciaire rattachée au ministère concerné ou à la région. Le CRA formule un avis non contraignant mais son intervention est souvent une étape nécessaire avant le recours contentieux.

En dernier recours, le titulaire peut saisir le tribunal administratif (TA) compétent par un recours en plein contentieux. Le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation : il peut annuler les pénalités, les réduire ou confirmer la décision de l'acheteur. La saisine du TA doit intervenir dans les deux mois suivant la décision définitive de l'acheteur ou l'avis du CRA. Pour comprendre comment un dossier solide de réponse aux appels d'offres se construit dès la phase candidature, consultez notre méthode pour analyser un DCE complet et identifier les clauses à risque.

Anticiper les pénalités lors de la phase candidature

La meilleure protection contre les pénalités de retard est en réalité une lecture attentive du CCAP avant de remettre une offre. Plusieurs clauses méritent une attention particulière.

Repérer les clauses dérogatoires défavorables

Les CCAP peuvent déroger aux CCAG sur plusieurs points, tous favorables à l'acheteur si le titulaire ne les a pas anticipés :

  • diviseur abaissé (1000 ou 1500 au lieu de 3000) : triple ou double les pénalités journalières ;
  • délais partiels contractualisés : chaque jalons du planning peut générer des pénalités indépendantes, cumulables avec celles du délai global ;
  • plafond supprimé ou relevé : augmente l'exposition maximale ;
  • pénalités de performance ajoutées : créent une double exposition retard + qualité.

Demander des aménagements via les questions-réponses

Pendant la période de consultation, avant la date limite de remise des offres, tout candidat peut poser des questions à l'acheteur via la plateforme de dématérialisation. Si une clause de pénalités vous semble déséquilibrée, vous pouvez poser une question explicite : "Le CCAP prévoit un diviseur de 1000 pour le calcul des pénalités (article X). Pourriez-vous confirmer ce choix et préciser les raisons de cette dérogation au CCAG ?" Cette question, rendue publique avec sa réponse, peut inciter l'acheteur à modifier le CCAP par addendum ou à clarifier le contexte. Pour décoder rapidement un règlement de consultation et identifier les clauses à interroger, notre article sur le règlement de consultation vous donne une méthode en 5 points.

Intégrer le risque pénalités dans le prix de l'offre

Face à un CCAP avec des clauses de pénalités sévères sur un marché à délai serré, le titulaire doit intégrer ce risque dans sa construction de prix. Deux approches complémentaires :

  • ajouter une provision pour aléas représentant l'exposition aux pénalités dans un scénario de retard de 15 à 30 jours sur la tranche finale ;
  • proposer dans son mémoire technique des mesures organisationnelles de maîtrise du délai (ressources dédiées, planning serré, sous-traitants identifiés) pour réduire la probabilité de retard et valoriser la robustesse de l'offre.

Pour aller plus loin

Analyser les clauses de pénalités d'un CCAP, simuler votre exposition et identifier les dérogations défavorables font partie des analyses automatisées proposées par Olra. Créez votre compte gratuitement pour tester l'analyse sur votre prochain DCE.

Questions fréquentes

L'acheteur est-il obligé d'appliquer les pénalités de retard ?

Non, l'acheteur public dispose d'un pouvoir d'appréciation. Il peut décider de ne pas appliquer des pénalités de retard, notamment si le retard est faible, sans conséquence sur le service rendu, ou si des circonstances atténuantes sont avérées. Cette décision doit toutefois être motivée et documentée pour éviter tout risque au regard du contrôle de légalité. En pratique, les acheteurs tendent à appliquer les pénalités systématiquement pour des raisons de transparence et d'égalité de traitement entre titulaires.

Les pénalités s'appliquent-elles sur le montant initial ou sur le montant actualisé du marché ?

Sous le CCAG-Travaux, la formule P = (V × R) / 3000 utilise V comme montant des prestations restant à réaliser — c'est donc une base variable et actualisée, pas le montant initial du marché. En revanche, le plafond de 10 % est généralement calculé sur le montant du marché initial. Si des avenants ont modifié le montant contractuel, vérifiez si le CCAP précise que le plafond s'applique au montant actualisé : ce point est souvent ambigu et source de litige en fin de marché.

Peut-on contester les pénalités après avoir signé le décompte général ?

Non. La signature du décompte général sans réserve vaut acceptation définitive des sommes retenues, y compris les pénalités. C'est un point de vigilance crucial : ne jamais signer un décompte général qui intègre des pénalités contestées sans apposer une réserve expresse par lettre recommandée avec accusé de réception dans le délai de 30 jours prévu par l'article 50 du CCAG-Travaux. Une fois le décompte signé sans réserve, la forclusion est acquise et le recours judiciaire est fermé.

Les pénalités de retard sont-elles soumises à la TVA ?

Non. Les pénalités de retard ont un caractère indemnitaire et ne sont pas soumises à la TVA. Elles s'imputent directement sur le montant HT dû au titulaire, sans majoration ni déduction de TVA. Cette règle est constante en droit fiscal et ne dépend pas du CCAG applicable. Sur Chorus Pro, les pénalités apparaissent en déduction du montant HT sur la facture de solde.

Un sous-traitant peut-il subir des pénalités de retard ?

Oui, si le contrat de sous-traitance le prévoit. Le titulaire principal reste seul responsable vis-à-vis de l'acheteur public des délais globaux d'exécution. Mais il peut répercuter les pénalités subies sur le sous-traitant dont le retard est à l'origine du dépassement, à condition que le contrat de sous-traitance contienne une clause explicite en ce sens, avec les mêmes critères de calcul et les mêmes voies de contestation. À défaut de clause contractuelle, le titulaire ne peut pas imputer les pénalités sur les paiements dus au sous-traitant.